Lafif Lakhdar

La réforme de l'Islam est aujourd'hui indispensable et possible. Ce qui manque le plus, c’est le courage politique. Il est vrai que l’obsolescence de la pensée des élites religieuses, aussi bien dans l'islam traditionnel que dans l'islam politique ne facilite pas la nécessaire adaptation au monde dans lequel nous vivons. Cependant, le courage est requis dans de tels cas. Courage des élites qui ont une vision claire de l'avenir vers lequel elles conduisent avec détermination leurs peuples.

Selon Ibn Qutaiba, le consensus entre les élites de la nation et les tenants du pouvoir législatif, au sens contemporain, est « plus important que de parler de lois ». Donc, la réforme de l'islam n'a pas besoin d'un texte, mais du consensus des décideurs à la fois par nécessité et par intérêt. Comme le dit si bien Shatiby, où il ya l’intérêt, là est la loi de Dieu.

La réforme de l'Islam est la priorité des priorités car du lancement de cette réforme dépend la réussite d'autres chantiers qui semblent apparemment sans rapport, comme celui de la réforme économique par exemple. Le chantier de la réforme de l'Islam n’est pas incompatible avec les autres chantiers mais il en est complémentaire et les nécessite. Tous les chantiers de réforme se tiennent les coudes, comme on dit. Ainsi, les chantiers des réformes politique, sociale et éducative ... sont une partie intégrante du chantier de réforme de l'Islam. Le dénominateur commun entre ces réformes, est qu’elles ont toutes, comme priorité absolue, la réforme de la prise de décision.

Gamal Abdel Nasser, Sayyed Hassan Nasrallah, Saddam Hussein « Quid du lendemain matin ?

La raison primordiale à notre sous développement, ou plus précisément à notre long empêtrement dans crise de la modernité, que nous subissons et dont nous avons jusqu'ici de la peine à sortir indemnes, est la mauvaise prise de décision, qui n’est encore, dans au moins neuf sur dix pays arabes, pas élaborée scientifiquement par les organismes qui utilisent l'ordinateur, mais elle relève plutôt des caprices et des délires d’un individu. Un parmi des dizaines d'exemples, celui de Saddam Hussein, qui s’enorgueillit de la décision désastreuse pour lui et pour l'Irak et peut-être pour l'ensemble du Moyen-Orient, je veux dire la décision d'annexer le Koweït, qu’il a prise sur la base d'un rêve, en ajoutant, selon Mohammadi, que le rêve sincère est une parmi les quarante composantes de la prophétie . Mais l'ange qui lui a inspiré ce rêve a oublié de lui conseiller de poser la question centrale qu’impose la prise de décision à savoir "quid du lendemain matin ? ».

C’est la question que n'a pas posée avant lui Gamal Abdel Nasser lorsqu’il a expulsé les forces internationales stationnées à la frontière égypto-israélienne en mai 1967, ce qui était la cause de la guerre des Six Jours, et que n’a pas posée après lui, Sayyed Hassan Nasrallah, lorsque les trois soldats israéliens ont été enlevés causant la guerre de 2006, question que n'a pas posée le Hamas lorsqu’il a refusé de renouveler la trêve avec Israël, décision qui a servi d’excuse au gouvernement israélien pour déclencher la guerre à Gaza en 2007. En fait, la route des défaites des Arabes et des musulmans depuis leur confrontation avec le colonialisme a été souvent parsemée de décisions émotionnelles élaborées par la pensée magique, qui demande à des chimères de se transformer en visions véridiques et aux phantasmes à être transformées en réalités. Toutes les réalisations de la modernité ont été, depuis près de cinq siècles, obtenues par des décisions politiques courageuses et clairvoyantes, qui restent à découvrir par les élites arabes.

La priorité absolue est la réforme de l’élaboration de la décision

J’entends par prise de décision réaliste, le fait qu’elle soit inspirée par la réalité de son époque, contrairement aux décisions irresponsables et stupides qui sont improvisées sous la pression des événements et dont le feu nous a tant brûlés. Elles sont, en effet, généralement inspirées par les craintes irrationnelles du décideur ou en particulier par ses réactions délirantes, en sachant que la paranoïa est la chose la plus équitablement répartie entre les dirigeants des pays arabes et musulmans. Nous vivons dans un monde complexe et imprévisible, et le fait d’y faire face en prenant des décisions improvisées et irrationnelles équivaut au suicide par hara-kiri. Pour être courageux et intelligent, il faut reconnaître que la réalité et le désir ne se rencontrent que rarement. C’est-à-dire que le principe de plaisir et le principe de réalité sont opposés. C’est ce que n’ont pas encore compris les islamistes et les nationalistes qui sont encore en train de négocier avec eux-mêmes et se méprennent sur les réalités de l'époque dans laquelle ils vivent.

Relation entre la réforme de la religion et l’élaboration de la décision

Il s’agit d’une relation solide. L'élaboration de la décision-en pays arabe respecte rarement le premier principe de cette élaboration, à savoir la définition précise - d’une précision d’équation mathématique- de l'intérêt national et le calcul exact des coûts et des avantages, c’est à dire des pertes et profits pour chaque décision. Sont également ignorés les quatre domaines stratégiques à savoir la réforme de l’Islam, la recherche scientifique et l'innovation technologique et une éducation de qualité conforme aux normes internationales. L’élaboration de la décision d’entamer une réforme religieuse nécessite aujourd'hui de penser aux risques de conséquences tragiques à tout évènement qui se produirait dans la perspective d’un changement de direction au bon moment.

Les interdits hystériques : nous continuons à les appliquer

Le maintien de l'Islam sans réforme, c’est à dire sans la séparation de la religion et de l'état, pour éviter le risque d'une guerre communautaire ou confessionnelle en particulier, entre sunnites et chiites qui pourrait se transformer en l'une de ses étapes en guerre atomique, et sans la séparation de la chariaa du droit positif qui doit devenir le seul à être appliqué, risque de faire tomber le monde musulman dans la barbarie de l'application de châtiments corporels à laquelle convient la description de Freud des pratiques du nazisme comme «pratiques préhistoriques».

Sans séparation de la recherche scientifique, et de la création littéraire et artistique de la censure religieuse "l'affrontement entre le Coran et la science», comme l’appelle le Dr. Abdel Sabour Shahin demeurera toujours. Et sans séparation entre le croyant et le citoyen, les musulmans comparaîtront de plus en plus sur le banc des accusés de la société civile mondiale qui les accuse de violation répétée des droits humains et civils, et de traiter la femme comme un insecte nuisible, et leurs minorités comme des « Dhimmi », et le monde comme une maison de djihad qui a pris désormais, le nom de terrorisme islamique... Ceci se reflète négativement sur l'image de l'islam lui-même auprès de l'opinion publique internationale et d’une large frange des musulmans eux-mêmes.

La route des défaites des Arabes et des Musulmans est pavée de décisions émotionnelles élaborées par la pensée magique

La réforme religieuse tire sa légitimité de sa capacité à couper la route aux risques de ces fins tragiques, et de la possibilité d’acclimater l'islam avec son époque, qui s’oriente dans le cas d’un scénario optimiste vers une civilisation humaine unique.

Une civilisation qui reconnaîtrait son identité dans des valeurs humaines universelles communes et dans des règles de base pour vivre ensemble dans un monde globalisé où les destins humains sont entremêlés pour le bien et pour le mal, au point que le gouvernement régional et la question d’un gouvernement mondial ou «confédération mondiale" comme l'appelle l’anthropologue et philosophe Edgar Morin est devenue une question légitime pour relever les défis dont dépend la survie de la civilisation voire même la survie de l'espèce humaine elle-même.

Points faibles de l’Islam pouvant être traités par la réforme de la religion

L'Islam n'a pas pu encore relever les défis de ses trois handicaps identifiés par Renan au XIXe siècle, à savoir : - le dédain de la science objective, - la négation de la recherche rationnelle dans ses textes, étant donné qu’il s’agit de la Parole sacrée de Dieu que l’on ne peut soumettre au questionnement scientifique et dans ses symboles qui sont au dessus de toute recherche et questionnement, - et la confusion entre le spirituel et le temporel. Ce sont là des handicaps religieux, mentaux et psychologiques ligués pour supprimer toute créativité dans les domaines religieux, politique, économique, scientifique, littéraire et artistique. A titre d’exemple, la peinture, la sculpture, la musique sont encore tabous dans l'islam. Le judaïsme, dans lequel nous avons puisé ces tabous hystériques les a oubliés heureusement pour les Juifs. Et nous, nous continuons à les appliquer.

Le Judaïsme a aussi laissé tomber le châtiment sanglant de la lapidation, que nous lui avons emprunté. Malgré l'absence de celui-ci dans le Coran et le renoncement du prophète à lapider des personnes accusées d’adultère..., l'Iran et l'Arabie saoudite, et «les Shabab de la Chariaa" en Somalie lapident encore. Le prince Khaled bin Sultan, ministre saoudien de la défense, en 2001 m'a empêché d'écrire dans "AlHayat", des articles qui étaient ma seule source de revenus. Pourquoi? Parce que j’ai appelé sur AlJazira à une intervention internationale pour mettre fin à la lapidation en Iran, en faisant valoir que l'Arabie saoudite aussi lapide et serait incluse dans cette demande d’intervention internationale. Le président d’"Ennahdha", Rached Ghannouchi, a déclaré dans un article qu’il a signé que les châtiments corporels de l’Islam, tels que la flagellation, sont plus clémentes que les prisons européennes. Alors pourquoi ne considère-t-il pas que la lapidation est également plus clémente que la prison européenne ? Le monde musulman marche sur la tête et nous voulons à travers «la Réforme de l’Islam« lui permettre de s’habituer à marcher sur ses pattes.

Sayed al-Qimny, Nasr Hamid Abu Zayd et Hassan Hanafi

Il est vrai que l’on peut appliquer au moins à toutes les religions monothéistes l’accusation de Renan. Cependant, le judaïsme et le christianisme ont finalement accepté, de gré ou de force et plutôt de force, de relever les trois défis de Renan. Par exemple, la découverte par l'archéologie en Israël que ce qui a été pris pour des faits historiques dans les volumes de l'Ancien Testament n’étaient en fait que des légendes comme celle de l'Exode d'Egypte, la traversée de la Mer Rouge grâce à la cane de Moïse, le Temple de Salomon, qui se révéla n’être qu’une figure légendaire, et le roi David, qui était considéré comme un personnage historique s’est avéré être une personnalité semi-légendaire.

Il n'y aurait pas de mal à cet égard à traduuire le livre La Bible dévoilée écrit par les archéologues Israëliens I. Finkelstein et NA Silberman. Les religieux Juifs fanatiques ont protesté, mais les scientifiques israéliens n’ont pas été traduits en justice et d poursuivis comme cela a été le cas de Nasr Hamed Abu Zeid en Egypte. On n’a pas émis des fatwas de meurtre contre eux comme le font les religieux musulmans, ni, bien entendu, aucun d’entre eux n’a été assassiné pour crime d'apostasie comme ce fut le cas de Farag Foda, décision acqiescée par Mohammed al-Ghazali l'une des étoiles montantes de l'islam politique . Dernièrement, le Conseil des recherches d'Al-Azhar a demandé que l’on juge Sayed Qimni et Hassan Hanafi pour leurs idées. Nous sommes toujours en train de crucifier-Hallaj et de scalper Suhrawardi, pourchassant ainsi le mysticisme soufi et la philosophie.

Pourquoi donc l’Islam des théologiens a-t-il été incapable de relever ces défis ? Parce qu’il est incapable de s’accomoder avec le monde moderne. Sa dynamique première Jihadiste s’est transformée en handicap et il n’a pas pu acqérir une nouvelle dynamique exigée par l’époque historique, à savoir une dynamique d’adaptation avec l’histoire récente. Quand une religion perd la capacité d’adaptation et le dynamisme, elle sombre dans la sclérose religieuse.

Nous sommes toujours en train de crucifier Hallaj et de scalper Suhrawardi

Ce que nous entendons par sclérose religieuse, c’est l’interdiction du questionnement et l’imposition de réponses toutes faites valables pour tous en tous lieux et toutes époques. C’est la certitude figée, le raisonnement idiot et la croyance des vieilles. La croyance des vieilles est bonne pour les vieilles mais non pour les chercheurs. C’est l’incapacité d’évoluer et de produire des idées nouvelles. Et c’est, en même temps le combat contre la minorité innovante qui apparaît de temps à autre comme le Cheikh Nejm Eddine AlToufi, le Hanbalite qui a été emprisonné et dont on a perdu les écrits, les philosophes et les Soufis qui ont tenté de réformer l’Islam à leur époque, ce qui leur a coûté dans certains cas la vie comme Suhrawardi et Hallaj, et Mohammed Abdou dont Al-Azhar a refusé qu’on célèbre la prière des morts pour lui et Tahar Haddad dont le cercueil ne fut suivi que par quelques amis.

A titre d’exemple personnel , j’offre mes organes et mes tissus pour transplantation chez qui en aurait besoin. J’ai fait don de mon corps à la science pour la faculté de médecine de n’importe quel pays où je mourrais. Lorsque j’ai fait cette proposition à l’infirmière en chef d’un hôpital parisien, m’a dit qu’il est possible que cette offre serait refusée en raison du grand nombre de demandes. Comparez cela avec l’interdiction faite par les exégètes de la sclérose religieuse, de toute dissection des corps. En 1973, les facultés de médecine syriennes importaient de chine des cadavres pour 1000 dollardsla pièce. Ce figeage dans des jugements théologiques hostiles à la science est un reste de l’adoration des morts chez les pharaons – d’après l’histoire comparée des religions-, ce qui fait que les théologiens de l’Islam méprisent le corps vivant et le sanctifient mort. Ce fait suffit à lui seul de justifier la nécessité d’une Réforme de l’Islam quelqu’en soit le prix.

Réforme de l’Islam par une transition de l’Irrationnel religieux à la rationalité en religion

Toute réforme véritable consiste à refonder, à inventer un système nouveau qui n’accepterait de la religion que ce qui s’accorde avec la raison. Toute réforme religieuse doit se faire en tuant symboliquement le père. Dans notre cas, il s’agit de rompre avec l’rrationnel de la tradition et d’en finir avec l’utilisation des vieux outils pour résoudre les nouveaux problèmes. Ces deux opérations nécessitent une réforme globale de l’enseignement et la communication et le discours religieux. Plus encore, il ne peut y avoir de réforme de l’Islam que si l’on passe de l’école de l’irrationnel religieux qui dure depuis des siècles à une doctrine du rationnel religieux, condition unique permettant la rationalité de l’enseignement et du discours religieux, y compris le discours de communication sur la religion.

Le passage de l’école de l’irrationnel religieux à celle du rationnel veut dire une évolution de la lecture littérale du Coran, surtout Médinois qui prévaut encore aujourd’hui partout en terre d’Islam vers d’autres lectures concurrentes qui ont été marginalisées ou excommuniées comme la lecture interprétative, ou intentionnelle ou symbolique ou encore historique que le Coran lui-même a consacrées avec l’abrogation de certains versets qui ne correspondaient plus à la réalité vécue. Cette lecture première du texte effectuée par les Califes bien guidés nous est aujourd’hui, indispensable. A l’école de la religion rationnelle d’y faire recours à nouveau. C’est ce qu’ont inauguré aujourd’hui des penseurs comme Jamal Banna, Hassan Tourabi, Mohamed Talbi, Ghaleb BenCheikh et moi-même. Pour l’histoire le premier à avoir appelé à une lecture historique abrogeant les vieux versets démodés est le regretté Mohamed Abed AlJabiri dès 1988.

Importance de l’utilisation des sciences modernes des religions appliquées à l’étude des autres religions

Nous aurions dû ajouter les autres religions y compris l’Islam et en particulier le Coran que de nombreux orientalistes ont étudié, et même certains musulmans comme Mohamed Arkoun dans son livre « Lectures du Cran » ainsi que Mohamed Ali Amir Moazzi qui a dirigé l’édition d’un lexique du Coran en français en 2007 et y a écrit une importante introduction sur le Coran. Ce lexique a été traduit dans plusieurs langues sauf celle du Coran. Comme disait Chawki

« Comment est ce qu’on interdit la futaie à ses rossignols, alors qu’elle est ouverte à toutes sortes d’oiseaux ».

Quand je dis passer de la lecture littéraliste aux autres lectures, je veux dire que l’on s’inspire des autres sciences religieuses car les sciences religieuses de l’Islam sont dépassées par l’évolution scientifique. Elles ne sont plus capables de répondre aux exigences récentes de l’étude des deux textes fondateurs de l’Islam, le Coran et le Hadith, ou de l’étude de toute la tradition musulmane qui est loin d’être analysée et critiquée scientifiquement suivant la méthode appliquée, comme on le sait, aux traditions des autres religions, notamment le judaïsme, le christianisme.

La réforme de l’intérieur est contre-productive et pour l’Islam, il s’agit d’une impossibilité épistémologique

La réforme de l’intérieur est contre-productive et dans le cas de l’Islam, il s’agit d’une impossibilité épistémologique. Les sciences modernes des religions se sont constituées dans le climat des révolutions scientifique, philosophique et industrielle modernes. Il n’y a rien de comparable dans l’histoire des sciences ni chez nous ni dans les autres pays du sud. Ces sciences ne sont pas des plantes ou des animaux que l’on peut domestiquer en l’adaptant à l’environnement. Il s’agit de concepts et de théories et de règles scientifiques précises. Généralement leur domestication avorte car elles ne peuvent être domestiquées.

L’arrière plan idéologique de la modernisation ou de la rénovation de l’intérieur est également inacceptable scientifiquement . Cela répond au « particularisme » arabo-islamique bien connu : nous sommes une nation d’exception ; ce qui convient aux autres nations ne nous convient pas en tant que nation bénie de Dieu par l’Islam… Allah nous a parlé en dernier dans l’histoire ; il nous a octroyé la vraie religion et notre langue est la langue des élus du paradis. Ni l’un ni l’autre n’acceptent la réforme sauf si elle vient de l’intérieur ; autrement dit, elles n’ont besoin d’aucune réforme.

Le Japon n’a pas d’interdits hystériques : Concert de musique occidentale en 1885 par le peintre Hashimoto Shikatobo (1838-1912)

Nous sommes là devant la logique narcissique de l’adoration exclusive des anciens « Salaf », fréquente chez les peuples primitifs ou de mentalité primitive. Il est temps pour nous de sortir d’en sortir pour adopter la logique des peuples modernes ou à mentalité moderne qui ne voit aucun inconvénient à emprunter les sciences modernes et la rigueur scientifique sans les corrompre par leurs logiques spécifiques ou leurs désirs schizophréniques. La devise de la modernisation de l’intérieur est l’un des symptomes de l’auto-punition qui dure depuis deux siècles et se manifeste par les expériences sans succès. Aucune nation dans le monde ne s’est modernisée de l’intérieur. Le Japon, depuis le règne des Meiji au XIXème siècle, a inauguré sa modernité en s’inspirant de la modernité européenne. Il a adopté la constitution belge et son droit positif. Son Empereur divinisé a introduit la fourchette pour manger à la place des baguettes traditionnelles et a introduit la musique classique à la place de la musique traditionnelle.

Pourquoi le Japon a-t-il réussi à réaliser ce que nous avons été incapable de faire ? Parce qu’elle n’a pas de tradition salafiste qui l’empêche – comme nous – d’imiter l’autre « le mécréant » . Mais la pensée magique de certains de nos élites suppose qu’il est possible de moderniser de l’intérieur par je ne sais quel miracle, en ignorant ou feignant d’ignorer que la modernité est sociologiquement un tout indissociable. C’est à prendre ou à laisser. Malheureusement pour nous, nous l’avons longtemps laissé. Pourquoi n’essayons nous pas au moins une fois de le prendre, peut-être cela nous aiderait-il à sortir du cauchemar du sous développement historique qui nous a fait tomber dans le délire, tous tant que nous sommes, peuples et élites et a fait que notre blessure narcissique c’est-à-dire notre sentiment de castration, d’humiliation et de médiocrité est aussi profond et large que le Nil et la Seine réunis.